Après avoir dit au revoir au Laos, je prends un bus pour le Cambodge en direction de Phnom-Penh. Je dois avouer que j’appréhendais le Cambodge et sa corruption, ayant entendu beaucoup de critiques négatives.
Pour passer la frontière, il y a deux façons : la technique débrouillard (pour espérer se faire arnaquer le moins possible), ou la technique feignasse. Comme tout le bus, j’ai choisi la dernière option qui a consisté à payer mon ticket de bus et le visa à la compagnie qui s’occupe de tout. Je ne suis pas sortie du bus et mon passeport est revenu avec tous les tampons. Par contre j’ai perdu 10$ dans l’affaire, soit un visa à 40$ au lieu des 30$ officiels. Ce qui comprend 2$ pour le tampon de sortie du Laos, la même somme pour celui de l’entrée au Cambodge, 2$ pour la santé (il passent dans le bus, bipent un truc sur le cou minant de prendre la température, et donnent un papier bidon) et puis 2$ parce que faut pas déconner, on est au pays de la corruption. Bref tout s’est bien passé, je me suis fait arnaquer !

N’ayant que 10 jours au Cambodge, je décide de ne prendre le temps que pour 2 musées à Phnom-Penh. Accompagnée de Bas (Amsterdam, Pays Bas) nous commençons la journée -qui promet d’être émotionnellement difficile- par les killing fields.
Petite mise dans le contexte. En 1975, le Cambodge est largement appauvri par la « guerre secrète » = les bombardements des Américains visant à détruire l’approvisionnement du Vietnam par le Cambodge (durant la guerre du Vietnam). Le 17 avril, les forces armées de Pol Pot (dirigeant khmers rouges et du parti communiste Kampuchea) prennent Phnom-Penh et la vide de tous ses habitants pour les déplacer dans les campagnes. Régime communiste extrémiste, l’idée de Pol Pot était d’abolir les classes sociales, de revenir à l’année 0. Tous les intellectuels, les gens qui portaient des lunettes, qui avaient les mains soignées, les enseignants, les gens qui étaient partis à l’étranger, tous ont été exécutés pour empêcher une éventuelle rébellion. Et puis « mieux vaut tuer un innocent que d’épargner un ennemi qui ronge le pays de l’intérieur » (slogan khmer rouge). Evidemment les familles de ces gens là aussi étaient exécutées car « couper une mauvaise herbe ne suffit pas, il faut la déraciner » (slogan khmer rouge, vous l’aurez compris).
Pour atteindre les impossibles 3 tonnes de riz par hectare exigées par Pol Pot, les gens étaient forcés de travailler 12 à 19h par jour avec pour repas, 2 petites portions de riz. Retour aux instruments rudimentaires et utilisation de machines interdite dans tout le pays. On imagine aisément que beaucoup sont morts de maladies, fatigue, faim car les gens de la ville ne savaient pas travailler la terre. Le parti démocratique Kampuchea était tellement paranoïaque qu’il exterminait au nom d’à peu près n’importe quoi, d’aveux inventés et obtenus après d’inommables tortures.
Les killing fields c’est un de ces endroits qui était gardé secret par les khmers rouges et où les gens étaient exterminés et placés en fosses communes. On y apprend tout un tas d’atrocités sur la façon dont les gens étaient tués mais je passe les détails.
Le musée suivant était le S.21, sur le génocide. Ces panneaux expliqueront mieux que moi ce qui s’y passait :
Le règne khmer rouge a duré jusqu’en 1979 lorsque les vietnamiens sont venus libérer le pays. Le génocide à exterminé 1/4 de la population. Chaque cambodgien a perdu des proches. Aujourd’hui le pays essaye de se remettre comme il peut de ces atrocités et il n’est pas difficile de comprendre d’où vient la pauvreté au Cambodge.
Après une telle journée on se sent comme après une visite à Oradour-sur-Glane ou Aushwitz (j’imagine). Où on a l’occasion de voir à quel point l’Homme est capable d’aller loin dans la démence et la violence. Et le pire dans tout ça, c’est de savoir qu’aujourd’hui ce n’est pas mieux à certains endroits du globe…
Ah et ça c’est un panneau à l’entrée de l’ancienne prison S.21, parce que la bêtise humaine va vraiment loin parfois …



